Tranches du net

Feb 5, 2010 4:59pm
Les catholiques du Moyen-Age ou de l’âge baroque auraient été très surpris par notre débat: pour eux, le pape n’était qu’un évêque parmi d’autres, un primus inter pares, dont ils se méfiaient volontiers. Ils étaient gallicans en France, et les Espagnols, les Autrichiens ou les Allemands avaient leur équivalent du gallicanisme. Le pouvoir spirituel de la papauté était relativement limité, et on ne le prenait pas avec un sérieux mortel. Les catholiques attendaient d’être guidés par leurs évêques et par le consensus de la Chrétienté. Le pape jouait un rôle dans ce cadre, mais un rôle limité. Bizarrement, si on regarde les choses avec un peu de distance, on s’aperçoit que l’attente d’une parole papale dans le cadre du nazisme renvoie donc directement au grand mouvement ultramontain du XIXeme siècle. On scrute aujourd’hui tous les gestes, toutes les paroles de Pie XII parce qu’on a accepté la grande idée de Joseph de Maistre: le pape est une figure absolument déterminante dans l’histoire du monde. L’action concrète des évêques durant la Seconde Guerre mondiale, celle des curés, des nones, des simples croyants, tout cela ne compte pas tellement, finalement. Etonnante victoire du théoricien par excellence de la contre-révolution! Comment expliquer ce paradoxe? A mes yeux, c’est là un réflexe spontané du monde démocratique, qui réalise le besoin d’une sorte de pouvoir extérieur, d’un symbole vivant qui puisse nous rappeler que la volonté populaire n’est pas le Tout de la vie humaine et sociale. La papauté en est venu à jouer ce rôle, y compris parmi les non-catholiques. Le « silence » de Pie XII est évidemment un mythe, mais son manque apparemment d’héroïsme et de prophétisme est à la mesure des espérances que les démocrates ont fini par mettre en la papauté. - Silences « L’esprit de l’escalier
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